VISITEURS » HISTORIQUE

Reconnu comme l'un des vingt plus beaux villages du Québec, Saint-Antoine-de-Tilly se dresse au bord du fleuve sur la route 132, à 25 kilomètres de Québec. Parcourant le chemin de Tilly, vous pouvez admirer nombre de maisons d'une qualité patrimoniale exceptionnelle : trois manoirs seigneuriaux, dont l'un est transformé en hôtel, un ancien magasin général, le presbytère, deux chapelles de procession et d'autres bâtiments représentatifs de l'architecture traditionnelle du Québec.

Classée monument historique, I'église construite en 1788 mérite une visite; les peintures et les boiseries de sa décoration intérieure se comparent à celles des plus belles églises de l'Île d'Orléans. Du haut de la falaise bordant le cimetière ancestral, un belvédère municipal offre une vue magnifique sur Neuville et sur la rive opposée du fleuve. Au carrefour de la route 273, une fromagerie se distingue par la fabrication du gouda et du Fin Renard, produits qui s'ajoutent aux fraises, framboises, petits fruits, légumes frais, cidre et pommes savoureuses des nombreux vergers et comptoirs locaux.

À deux kilomètres de là, vers l'ouest, dans les Fonds de Saint-Antoine (terres basses à proximité du rivage), un autre parc public fournit au touriste une vaste perspective sur le fleuve qui s'élargit comme une mer intérieure sillonnée par les amateurs de kayak. Soutenus par la municipalité, les Amis du Marais ont aménagé une aire de repos et de promenade qui s'étend de la plage au quai, en bordure du marais dont la faune et la flore sont désormais protégées.

Saint-Antoine-de-Tilly s'enorgueillit aussi bien de ses plages, lieux de résidence d'été de nombreux villégiateurs, que de la qualité patrimoniale exceptionnelle de son village et de ses fermes ancestrales, notamment celles du chemin Bois-Clair et du chemin des Plaines, où cultivateurs et amateurs de chevaux partagent un même goût de la vie calme et champêtre. De quoi justifier sa devise :

Et du fleuve jusqu'à la fin des terres.



NOTICE HISTORIQUE

Le 29 octobre 1672, en considération de bons et louables services rendus à sa Majesté le roi Louis XIV, le territoire situé sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, entre les bornes de la seigneurie de Lauzon et celles de Sainte-Croix, fut concédé par l'intendant Jean Talon à un lieutenant du régiment de Carignan, le sieur Claude-Sébastien de Villieu. Le recensement de 1681 donne les noms des cinq premiers colons de Villieu : Adrien Hayot, Nicolas Delahaye, Pierre Lambert, Pierre Bourgoin et Benoît Boucher.

Le 31 août 1700, Claude-Sébastien de Villieu fils vend à Pierre-Noël Le Gardeur, sieur de Tilly, pour trois mille livres, avec tous ses droits, la seigneurie de Villieu qui prit dès lors le nom de Tilly. Le nouveau seigneur s'y installe la même année, en compagnie de sa seconde épouse, Madeleine Boucher, fille de Pierre Boucher, gouverneur de Trois-Rivières.

Dès 1702, le seigneur de Tilly fait construire une chapelle en bois, où ont lieu les premiers offices célébrés par le missionnaire desservant, le Père Honoré Huret, récollet, qui met le nouveau temple sous le vocable de Saint-Antoine-de-Padoue. En l'absence de l'évêque de Québec Mgr de Saint-Vallier, cette ouverture des registres de l'état civil en 1702 marque le début de la paroisse de Saint-Antoine-de-Tilly, dont les limites canoniques seront établies le 3 mars 1722 par un Arrêt du Conseil d'État du Roi.

Le 30 juin 1712, le seigneur de Tilly et son épouse donnent à la Fabrique paroissiale un arpent de terre de front pour y bâtir l'église et le presbytère. Une plaque armoriée atteste que le 26 juillet 1712 est posée la première pierre de cette église construite à quelques pieds au nord de l'église actuelle.

En 1759, durant le siège de Québec, plus de 1000 soldats anglais débarquent à Saint-Antoine-de-Tilly, s'emparent de l'église et s'y retranchent. Ils installent des batteries de canons sur trois monticules encore visibles à mi-hauteur de la falaise dans les Fonds de Saint-Antoine. Le 23 juillet 1760, les habitants du lieu, qui s'étaient d'abord retirés dans la deuxième concession, remettent leurs armes aux Anglais et prêtent le serment de neutralité : « nous ne prendrons pas les armes contre George II, roi de Grande-Bretagne ».

En 1786, le seigneur entreprend, sur un lot de terre acheté des Lambert, la construction du manoir conservé jusqu'à ce jour et devenu l'hôtel Manoir de Tilly. On commence peu après la construction de l'église actuelle, qui fut bénie le 24 septembre 1788 par le curé Jean-Baptiste Noël. La décoration intérieure de cette église fut enrichie par la suite de boiseries sculptées, conçues entre autres par Thomas Baillargé, puis par de grandes peintures européennes de la collection Desjardins achetées par la Fabrique vers 1817-1818 à la suggestion du curé Louis Raby. D'une magnifique architecture, l'église est classée monument historique en 1963 par le ministère des Affaires culturelles.

La place de l'église, bornée par des bâtiments patrimoniaux, maisons centenaires et magasins généraux bien conservés, donne accès au cimetière, à un belvédère et à une côte d'accès au fleuve.

La municipalité de Saint-Antoine-de-Tilly, qui comptait 1 897 habitants en 1821, puis environ 2 000 habitants au milieu du 19e siècle, fut démembrée successivement par la fondation de Saint-Apollinaire vers 1855, par celle d'Issoudun, puis par l'annexion du troisième rang où 20 familles passent à Saint-Apollinaire en 1920.

La municipalité civile fut fondée en 1855. Elle se glorifie de posséder un blason d'origine et une devise tirée aussi du verset 8 du Psaume 72, à la suite de celle du Canada :


Et a flumine usque ad terminos terrae !
Et du fleuve jusqu'à la fin des terres !


À l'instar de son patrimoine bâti, fort bien conservé, la population de Saint-Antoine-de-Tilly, qui était de 1 350 habitants en 1900, est restée singulièrement stable durant le 20e siècle, ne comptant que 1 381 habitants lors du recensernent de 1996. Elle tend cependant à s'accroître, dans la continuité.

De là 1e plan d'action de l'actuel conseil municipal : Développer et conserver !

Alonzo Le Blanc, historien.